Vous souvenez-vous de votre entrée en sixième ? David Lescot ravive toute la poésie et la complexité de cet âge en mettant en scène Moi, un petit garçon de dix ans, à travers trois pièces à l’humour dévastateur. Après un été passé à appréhender avec angoisse son entrée en sixième, en compagnie de sa petite sœur et d’un garçon de quatorze ans (J’ai trop peur), Moi découvre sa nouvelle vie scolaire et sociale au collège (J’ai trop d’amis), avant de s’embarquer dans l’aventure initiatique de la classe verte (Je suis trop vert). La scénographie reste identique pour les trois volets : un espace gigogne, fait de trappes et d’ouvertures, capable de métamorphoser les lieux en quelques secondes. Six comédiennes y interprètent en alternance tous les rôles, déployant pour chaque personnage un langage distinct, sans jamais tomber dans la caricature. Des grandes questions existentielles aux premiers émois amoureux, David Lescot dépeint les apprentissages de cette période charnière avec intelligence et fantaisie, créant un monde à hauteur d’enfant qui ne manquera pas de séduire les plus grands.
David Lescot emprunte les passages fléchés de cette période pré-adolescente avec une réelle capacité à renouveler le genre. À l’heure des SMS, les petits papiers continuent de circuler dans les classes. Les époques changent mais les structures demeurent. « J’aime trop ton style Bébé », c’est ce qu’ont toujours chanté semble-t-il, d’une manière ou d’une autre, les tubes de variétés. C’est donc aussi de cet invariant adolescent tissé d’émotions surdimensionnées, de mauvaise foi si mal dissimulée et autres défauts si drôles et touchants que s’empare la troupe. C’est fin, c’est drôle, c’est à ne pas manquer. La Terrasse (Eric Demay)